
©Yves-Verbiese
Née au Japon en 1941, Carlotta Ikeda est décédée en septembre 2014 à Bordeaux où elle vivait depuis le début des années 1990. Fidèle partenaire de celle qui fut considérée comme la star féminine du butô et de sa compagnie exclusivement féminine Ariadone, l’OARA a coproduit plusieurs de ses spectacles, dont sa version du Sacre du Printemps, Haru no Saïten, Médéa en duo avec l’écrivain Pascal Quignard, Togué avec le groupe de rock bordelais SPINA, ou encore la transmission à la danseuse Mai Ishiwata de son emblématique solo Utt lors d’une résidence au Molière-Scène d’Aquitaine en décembre 2013.
En partenariat avec le festival Faits d’hiver, un hommage est rendu à cette figure majeure de la danse contemporaine lors d’une soirée qui concrétise trois semaines de résidence à la MÉCA pendant lesquelles deux de ses anciennes interprètes, Yumi Fujitani et Naomi Mutoh, convoquent souvenirs personnels et extraits fragmentés de chorégraphies pour réactiver émotionnellement son univers. Une conférence dansée de Maëva Lamolière [chorégraphe, danseuse, et chercheuse] ouvre ce plateau partagé.
« Elle tenait dans sa main tous les âges de la vie, depuis la naissance jusqu’à la vieillesse, avec la mort en fantôme permanent derrière chaque étape. Elle les dansait les uns après les autres dans un dégradé de nuances physiques qui faisait oublier son âge véritable. Un exercice de mue à couper le souffle… » [Rosita Boisseau – Le Monde / 29 septembre 2014]
La Pesanteur et La Grâce
Chorégraphie, interprétation/ Naomi Mutoh – Costumes/ Naomi Mutoh et Kei Ito – Regard extérieur/ Gilles Baron – Création lumière/ Éric Blosse – Son et Arrangements musicaux/ Laurent Paris
Naomi Mutoh est née au Japon en 1969, elle vit et travaille en France depuis 1996. Diplômée de la Tama Art University de Tokyo, section peinture à l’huile, elle suit parallèlement une formation de danse butô à Tokyo auprès d’un des plus grands maîtres, Tetsuro Fukuhara. Elle intègre sa compagnie et danse sur les plus prestigieuses scènes d’Europe dès l’âge de 21 ans. À 23 ans, elle part pour Londres suivre la formation Laban Center. Elle crée sa première chorégraphie, Milk, pièce de butô pour trois danseuses, en 1996 au Jackson’s Lane Theatre, dont elle est aussi interprète. Contrainte de quitter l’Angleterre faute de visa, elle vient en France pour poursuivre sa carrière et rencontre Carlotta Ikeda. Elle danse ainsi pour la compagnie Ariadone tour à tour comme interprète et assistante des stages butô jusqu’à 2004.En 2007, Naomi Mutoh et Laurent Paris du groupe SPINA fondent la compagnie Medulla à Bordeaux, qui produira de nombreux spectacles et performances : Radix (2008), Les Axes de la Terre avec Jean Daive (2010), Persistance de la Mémoire (2010), Persistance (2012), Sound System (2014), Le Grand Luminaire (2016), AMA – Les Pêcheuses de Perles (2019), Nami-Ma (2021), La Pesanteur et la Grâce avec Jean Daive (2024).




©Clément Daudet
Life is beautiful
Chorégraphie, interprétation/ Yumi Fujitani –
Création lumière, témoignage artistique/ Éric Blosse
Chorégraphe, performeuse et pédagogue, Yumi Fujitani est née à Kobe au Japon en 1962. Elle est issue du butô. En 1985, elle danse Himé au sein de la compagnie Ariadone, dirigée par Carlotta Ikeda avec la collaboration de Ko Murobushi à la mise en scène. Puis elle effectue une longue tournée en Europe. Les années 1980 marquent l’âge d’or du butô en Europe qui se développe et quitte progressivement son image de « danse des ténèbres ». Yumi quitte la compagnie en 1995 et s’installe à Paris en 1996. Elle développe autour de cet art une réflexion personnelle et une approche singulière. Elle expérimente différentes formes d’expressions corporelles physiologiques, à travers la voix, l’art du clown et la vidéo. Désormais, elle s’interroge sur le(s) butô(s) d’aujourd’hui. Actuellement, elle danse, joue, crée et dirige artistiquement en privilégiant la relation avec les acteurs et les clowns, elle élargit sa création vers d’autres domaines, tels que le cirque, le masque, la marionnette, la lecture et la création plastique. Sa vision du monde, dans ses créations et son enseignement, est d’exister comme l’air sans aucune catégorisation, mais elle se raccroche bien à l’univers ludique, poétique, l’esprit chimérique.





©Clément Daudet
» Life is Beautiful : L’odyssée envoûtante de Yumi Fujitani
Life is Beautiful, est une exploration du mouvement et de l’âme. Chaque geste et chaque respiration semblent raconter une histoire invisible et profondément intense et sans nul doute d’une sensibilité à toute épreuve. Véritable ode au corps, Yumi Fujitani incarne une présence saisissante, entre fragilité et puissance. Sa danse plonge le spectateur dans une expérience viscérale intense, où le temps semble suspendu, comme on pourrait l’être sur un fil… La scénographie minimaliste reposait sur un tas de sable, au-dessus duquel une pierre flottait accrochée à une longue corde. Dans un échange hypnotisant entre corps et matière, Yumi Fujitani a partagé la scène avec le minéral, métaphore d’une force invisible pesant sur le corps et l’esprit de la danseuse. Life is Beautiful n’était pas seulement une performance, mais aussi expérience poétique, où la danse devenait un dialogue entre le poids et la légèreté, la retenue et l’abandon. » Clément Daudet
